Face à une situation inextricable, Luis de Haro et le Cardinal Mazarin lors des dernières séances de négociation sur l’Ile des Faisans à propos du traité des Pyrénées, prennent conscience qu’ils seront dans l’impossibilité de mettre d’accord les locaux sur le tracé de la frontière à partir d’Enderlatza. Fontarabie est intraitable sur ce sujet depuis l’apparition d’Andaye qui lui rend la pareille depuis qu’elle a été honorée par Richelieu (attribution des Joncaux) pour son implication dans la délivrance de l’Ile de Ré. Si on ne peut pas exclure l’exploitation par les pouvoirs centraux des antagonismes locaux et de leur hyper-réactivité, pour exercer des pressions entre eux, l’explication de la situation conflictuelle s’explique, en premier lieu, pour des raisons économiques. Mais les deux hommes d’état sont trop fins négociateurs et connaisseurs des hommes pour ne pas prendre en compte les ressorts complexes des comportements territoriaux composés de trajectoires, de psychosociologie, de ressentis basés sur les mémoires collectives, d’ambitions collectives ou familiales. Des trajectoires et comportements nécessitant les temps longs pour évoluer. C’est pertinemment qu’ils rédigent une clause secrète, repoussant à des négociations ultérieures, la question de la frontière et de l’appartenance de la Bidassoa. Question économie, l’on constate que la vieille cité fortifiée de Fontarabie, avant l’apparition d’Andaye, a régné en maître sur l’embouchure de la Bidassoa. Sous couvert, de cité héroïque, défenseur du territoire de l’Espagne ou de la Navarre, elle s’appuie sur un accord de Louis XI, seulement entendu par le greffier de Fontarabie, pour décréter que le territoire espagnol s’achève là où, par grande marée, l’eau s’arrête. Une occasion de revendiquer des terres, des installations et le droit d’établir le règlement lui convenant le mieux (Interdiction aux Hendayais d’utiliser des bateaux à quille, ce qui concrètement les empêchent de sortir en mer pour pécher ou faire du cabotage). Côté pèche, le prieuré-hôpital de Saint Jacques, paie des redevances pour avoir le droit de pêcher le saumon, un poisson noble, dont la première prise de l’année par une embarcation de Fontarabie est apportée au roi d’Espagne. Propriété revendiquée de la Bidassoa aidant, Hendayais confinés sur leur rive de la baie de Txingudi, il est facile aux pêcheurs d’installer leurs filets où bon leur semble, de sortir en mer sans être inquiétés. Côté commerce, Fontarabie profite de sa situation privilégiée pour capter les redevances portuaires et douanières découlant du trafic lié aux mines des « Trois Couronnes » (Peñas de Haya) et à la laine provenant de Navarre et d’Aragon. Question comportementale, pour mieux comprendre le phénomène, un effort d’imagination, nous permet de personnaliser les trois cités, Fontarabie, Hendaye et Irun, bordant la Baie de Txingudi, afin d’esquisser une analyse transactionnelle. Fontarabie est une cité ancienne, Irun a été longtemps un quartier de cette cité (Elle obtient son indépendance en 1766) et Hendaye est apparue dans la seconde moitié du 15ème siècle et a obtenu son indépendance en 1654. Or très vite la hautaine cité, réputée imprenable, a vue Irun et sa dépendance de Béhobie opportunément situées sur la route Paris – Madrid, accueillir ou voir passer les grands de France et d’Espagne, assister aux échanges de Princesses et a dû céder peu à peu les iles de la Bidassoa dont l’une est passée à la postérité. En quelque sorte, c’est la mère qui voit sa fille la dépasser, voire la trahir. De plus, elle entretient de bonnes relations, voire s’allie avec la nouvelle venue de la rive opposée, pour lui résister ou mener des actions contre elle. Dans ce contexte, on peut comprendre chez l’orgueilleuse cité maintes fois décorée, la tentation d’allier besoins économiques et violence. De la moitié du 15ème siècle jusqu’en 1759 date de la prise de Fontarabie par le Maréchal de Berwick, on assiste de la part des habitants de Fontarabie, à des destructions de tour (1458, 1518, 1522) des bombardements de moulins, des provocations des Alcaldes, des saisies de barques ou navires (1617, trois navires en partance pour Terre-Neuve, 1737), des actes de piraterie, des attaques de pêcheurs, des canonnades sur la cité, une fusillade sur Vauban en visite à Hendaye (1685). Quant à Hendaye, de plus en plus fière des honneurs attribués par Richelieu, Anne d’Autriche, Mazarin et Louis XIV, de sa situation, partagée avec Fontarabie, en 1659 et 1660 de centre du monde, il est clair qu’elle supporte de moins en moins une tutelle des voisins « d’en face » vassaux d’une famille royale rivale aux Bourbons, les Habsbourg. En 1719, Fontarabie est sous une tutelle française que le Maréchal de Berwick, ne rend pas trop contraignante, les villes voisines prises s’interrogent sur leur intérêt à revenir sous la nationalité espagnole, la paix revenue. La situation sur la baie se calme prolongée par une paix armée, jusqu’au traité de Bayonne qui trace la frontière au milieu du lit du fleuve, établit un règlement de pèche et supprime les contraintes imposées aux Hendayais et leur donne des droits. Dans l’intervalle il y même eu des moments de communion, en 1701, lors de l’arrivée à Fontarabie de Philippe V, petit-fils de Louis XIV, faisant ainsi le premier pas dans son nouveau royaume sous les vivas de la cour française regroupée avec le Duc de Bourgogne et le Duc de Berry dans le fort d’Andaye ou ses alentours. De même, les 200 canons de Fontarabie et les 6 canons du fort ont tiré, à blanc et à l’unissons, pour célébrer l’échange des princesses Louise Elisabeth d’Orléans et Anna Maria Victoria Dauphine d’Espagne, sur la Bidassoa en 1722. Par ailleurs, Fontarabie a perdu peu à peu son commerce du fait d’une évolution de la baie et de l’impossibilité à partir du début du 18ème siècle, pour les trois mâts, d’arriver au pied de la porte de Santa Maria. Ensablement, phénomène géologique, une question posée par l’historien Bayonnais Ducéré à propos de la perte par la Nivelle de son trafic maritime à la même époque ?