Malgré les oppositions régionales, telles que le Biltzar (assemblée des maires du Pays Basque), la bourgeoisie bayonnaise et non son gouverneur, le comte d’Urtubie, parfois les échevins hendayais par peur de la réaction de Fontarabie, la création d’un fort s’impose par l’évolution des contextes géopolitiques et locaux. En effet, Hendaye est positionnée sur l’estuaire de la Bidassoa, un point de passage entre le continent et la péninsule ibérique, mais également une ouverture vers la Méditerranée par la Bidassoa, le Baztan puis l’Aragon et la Castille. Si à cela on ajoute une tectonique des territoires, l’évolution du concept de frontière et les rivalités locales, une telle position ne peut rester incontrôlée. La tectonique des territoires Jusqu’au 15ème siècle on est en pleine tectonique des territoires créant des situations instables, complexes et guerrières. On dénombre : - pendant les trois premiers siècles de notre ère l’occupation romaine, intéressée par l’exploitation des mines de fer et d’argent et surtout marquée par un des plus grands ports de l’Atlantique la cité d’Oiasso (Irun) - puis le passage des Barbares - du 7 au 10ème siècle, le territoire est disputé par les Visigoths, les Francs, les Vascons descendus des montagnes pyrénéennes, A partir du Xème siècle, la rive gauche de la Bidassoa est dominée par la Navarre, le Leon et la Castille, cette dernière les englobant au 13ème siècle et sur la rive droite la Gascogne intègre l’Aquitaine dont le Duc devient roi d’Angleterre. Des petits états, selon les circonstances, s’alliant ou se faisant la guerre, la plus longue étant la guerre de Cent Ans. Conséquences de l’évolution du concept de frontière A la fin de la guerre de Cent Ans, Charles VII récupère l’Aquitaine. Pour marquer la limite de son royaume, il fonde Andaye avec une cinquantaine de maisons et une tour de défense. C’est un changement conceptuel complet. La frontière passe d’un espace vague, où les seigneuries passent d’une soumission à l’autre au gré des intérêts immédiats, à une frontière marquée par une ligne matérialisée par des bornes ou un peuplement. L’adoption de ce nouveau concept de frontière induisant la fondation d’Andaye, provoque une double rivalité, la franco-espagnole et celle entre Fontarabie et Andaye. Malgré son importance, délaissons la première même si elle fait voguer sur les eaux de la Bidassoa, Charles Quint, François 1eret ses fils (1520 et 1524), Anne d’Autriche (1615), Louis XIV, Philipe IV et Marie-Thérèse d’Autriche et donner ses lettres de noblesse à l’Ile des Faisans. Intéressons-nous aux rivalités locales matérialisées par : - les batailles à propos des moulins à eau, des nasses et des filets (1518 – 1538) - un Diocèse de Bayonne perdant ses paroisses espagnoles au profit du Diocèse de Pampelune - une longue liste d’exactions : o Saisie d’une barque de blé hendayaise o Barque hendayaise brûlée pour avoir péché une baleine o Barques de laines espagnoles interceptées par les Hendayais o Gabarres françaises capturées le long de la côte par les Espagnols o Le Prévôt-exécuteur de Fontarabie poursuivant un criminel sur un banc de sable de la Bidassoa est capturé par les Hendayais o En contrepartie, 9 navires hendayais prêts à partir pour Terre-Neuve et la Norvège, sont capturés et amenés à Pasajes (1617) o En mars 1617, les Hendayais ayant placé un mât au milieu de la Bidassoa, l’Alcalde de Fontarabie organise une expédition punitive, Fontarabie tire au canon sur Hendaye et son église, puis en novembre de la même année une nouvelle expédition punitive enlève le mât qui avait été replacé par les Hendayais. Le Fort s’impose La pression du Comte de Grammont gouverneur de Bayonne, les plaintes des Hendayais et le besoin de mieux délimiter la frontière, amènent Louis XIII à donner l’ordre de construire un fort à Hendaye. Le 15 juillet 1618, Jacques Alleaume, Ingénieur du roi, vient à Hendaye pour en déterminer la meilleure implantation. Les communes d’Urrugne, Saint-Pée sur Nivelle et le Conseil de Bayonne protestent mais ne sont pas entendus par le roi. Il faudra attendre que le bourg d’Andaye soit érigé en commune indépendante, que l’ingénieur Poupart améliore une tour en lui adjoignant une batterie basse de 4 canons en 1664, pour que cette dernière prenne la forme d’un fort en 1685. Ouvrage consacré par la venue de Vauban en décembre 1685 qui, malgré quelques réticences sur son implantation, lui attribue un rôle de défense avancée de Bayonne.