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Passion Txingudi


La paix des Pyrénées s’est bien conclue en 1660 par le mariage de Louis XIV, roi de France avec Marie Thérèse d’Autriche, Infante d’Espagne. Malheureusement, les diplomates français et Espagnols n’ont pu se mettre d’accord sur le partage des eaux à l’embouchure de la Bidassoa. Ils ont inclus une clause secrète au traité, repoussant à plus tard les négociations sur cette question. Il est vrai que la situation locale est particulièrement complexe, la géopolitique s’entremêlant avec les intérêts économiques des populations des deux rives. Ainsi sur un territoire, emprunté de tous temps pour passer du continent européen à la péninsule ibérique et de la Méditerranée à l’Atlantique, Fontarabie tient à être la seule à contrôler le lieu. Une situation particulièrement profitable grâce aux droits douaniers et portuaires qu’elle induit. Par ailleurs, s’y ajoute le monopole de la pêche tant sur le fleuve qu’en mer et les redevances liées à l’exploitation des moulins à eau, des nasses, des filets ou des algues. Pour elle, le partage avec Hendaye est inimaginable. Le grand mouvement provoqué par la négociation du traité et du mariage, passé, les incidents ont redoublé de plus belle. Le pouvoir royal doit affirmer son autorité et défendre la population locale, la protéger des agressions. Une tour de défense existe, il s’agit de lui adjoindre une batterie basse qui au fil des années sera entourée d’une palissade, elle-même empierrée et maçonnée quelques temps plus tard. On lui attribue une compagnie de gardes suisses, vite relevée par les toutes nouvelles compagnies d’Invalides. Ainsi quand Vauban, venu d’Alsace pour diriger les travaux de conception des fortifications de Bayonne, décide avec le Marquis de Boufflers de venir visiter Hendaye, en décembre 1685, il découvre un fort atypique. Il est mal placé par rapport aux hauteurs qui le domine, l’Eglise et la colline d’Ouristi, possédant un donjon à l’architecture moyenâgeuse (la tour de défense réaménagée) mais permettant de contrôler le trafic sur la baie de Txingudi. Néanmoins, Vauban le considère comme particulièrement utile dans la stratégie de défense du verrou sud du Royaume, à savoir Bayonne. La garnison de ce fort est typique des forts côtiers français. En effet, très vite, les Gardes Suisses ont été remplacés par les toutes nouvelles compagnies d’Invalides, se relayant en moyenne tous les trois ans dans les forts de la Nouvelle Aquitaine, voire du Guipuzcoa voisin, lors des conquêtes françaises. Des compagnies dépendant du gouverneur de l’Hôtel des Invalides, composées de soldats blessés au combat, devenus inutiles dans les régiments et passés par un processus de sélection rigoureux (qualification par le chirurgien du régiment, voyage à Paris à l’Hôtel Royal des Invalides, inscription sur un registre, religion catholique obligatoire, quarantaine pour retrouver les vrais fondements de la religion et formation dépendant de l’affectation). D’après nos calculs le fort de Hendaye, a vu passer à peu près un millier d’invalides, répartis dans des compagnies de 25 soldats avec à leur tête un capitaine qui a acheté sa charge. La dépendance hiérarchique de ces compagnies, fait en quelque sorte, du fort de Hendaye, une « filiale » de l’Hôtel Royal des Invalides, lieu où Parmentier avait son laboratoire et où l’Eglise de France acceptait les autopsies. Avec des aménagements mineurs, le fort de Hendaye, reste, dans la configuration visitée par Vauban, jusqu’en 1793, date où Hendaye fût détruite par les troupes hispano-portugaises et l’armement du fort pillé. Après des utilisations sporadiques, lors du repli des troupes napoléoniennes en 1813 et un épisode tragi-comique lié à la première guerre carliste espagnole, il est abandonné par l’armée et livré à des entrepreneurs privés qui font le commerce des pierres. En 1905, malgré le charme d’un vieux donjon faisant admirer ses charmes romantiques au tramway Decauville le contournant, le fort est détruit pour permettre au tramway électrique de relier plus directement la gare au nouveau quartier de la plage, la grande œuvre du maire Vicq et d’Henry Martinet, le génial architecte et urbaniste. En dépit de ces différentes agressions, le fort nous montre encore aujourd’hui des vestiges qui nous permettent d’imaginer ce que fût son quotidien. Une étude radar a confirmé l’existence de fondations dans les sous-sols, la batterie basse est restée quasi-intacte, l’escalier nous y menant conserve encore des parties d’époque, quelques aménagements ont utilisé les pierres taillées. Le mur où est apposée la plaque comprenant ce premier QR Code, est celui séparant le chemin couvert du potager, aujourd’hui converti en cimetière. Le QR Code n°2 vous entrainera, par l’imagination, à l’intérieur de l’ouvrage militaire.